Les villes neuves, tout un programme ! Leçon d’urbanisme

Derrière chaque ville neuve édifiée par Vauban, se tient l'idéal d'une symétrie et d'une harmonie rigoureuses, cadre dans lequel s'organiseraient les activités humaines les plus contradictoires. La Raison à l'état pur peut se retrouver dans chaque parcelle de nos paysages...

L’ultime objectif de Vauban a toujours été d’organiser rationnellement les choses, et parmi les choses, les villes. Chaque élément porte donc la marque de la symétrie et de l’harmonie. Il faut bien comprendre, là-dedans, une sorte d’idéal à la Platon, les mathématiques, l’élévation par les sciences, tout ça. Descartes n’est pas loin, et oui. Il faut bien comprendre que nos paysages sont marqués de l’idéal de la Raison…Et bien avant les Lumières.

 

La superficie de chaque ville est déterminée par son enceinte : l’effectif des habitants est donc stabilisé. De même, les vivres et munitions sont prévus pour une durée précise, et pas un ou deux repas de plus : 48 heures. Parce-que, selon l’ingénieur militaire star, une place forte peut résister à un siège pour cette durée maximale. Dans le pays de Vauban, tout est compté.

La ville fortifiée possède deux dimensions complémentaires, mais contradictoires : la logistique militaire et la logistique civile. Les deux doivent toujours être séparées, si bien que souvent, une grande esplanade les sépare. C’est le cas d’Oléron ou de Ré. Elle permettrait la défense de la citadelle et, en temps de paix, foires, marchés et parades pourraient s’y tenir (accessoirement, très, accessoirement).

Qu’est-ce donc qu’une ville neuve ? C’est un système de représentation (et de création !) des villes conçu pour faire cohabiter du mieux possible activités civiles ou religieuses et activités militaires ou de commandement. Partant de cet objectif, Vauban organise la ville selon un plan spécifique très simple : en son centre, une place d’arme carrée bordée d’édifices publics et officiels. Et oui, c’est bien ce que nous trouvons à l’occasion de nos promenades : l’église au milieu, l’hôtel de ville et tout autour, maisons du gouverneur, des officiers, citernes, puits. 

Tout autour, un lotissement en damier : les logements des particuliers s’y trouvent, condamner à se plier à des règles d’urbanisme extrêmement rigoureuses : matériaux utilisés, hauteurs des façades, étanchéité et parfois même, format des enseignes…Il n’y a pas qu’au XXIe siècle que l’on contrôle la publicité.

Le long des remparts, on trouve ce qui peut s’avérer très utile en cas de combat : casernes, magasins à poudre, pavillons d’officiers. Voyez le truc : s’il vous manque un petit brin de poudre pour votre canon, la boutique n’est pas loin pour faire les commissions. Vous avez pensé à prendre un peu de liquide avant de partir ? 

Et tout autour donc, le fameux rempart à la Vauban, un polygone très, très, très régulier…

En somme, on ne rigole pas : chaque édifice porte en lui la marque de la rigueur militaire. Ceci étant dit, Vauban n’omet pas la dimension prestige : l’hôtel de ville et les portes des remparts se doivent d’en apporter la preuve. 

Comment s’appellent-elles ? Elles se nomment Sarrelouis (en Allemagne), Huningue, Longwy (Meurthe-et-Moselle), Phalsbourg (Moselle), Mont-Louis, Mont-Dauphin, Neuf-Brisach, Montroyal (Allemagne) et Fort-Louis. Les deux dernières ayant été rasées en 1702 et 1794, inutile de les chercher. Trop… »Louis » ?!

Vous savez très bien quelles sont celles que vous retrouverez à l’exposition, il y en a deux ! 

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