L’ingénieur militaire : de Vauban à Ponts-et-Chaussées !

Un ingénieur militaire, mais qu'est-ce donc que cet animal-là ? Il préfigure sans doute, à l'époque de Vauban, les orientations fondamentales à tout un métier. Se dessine même, peut-être, la figure plus générale de l'ingénieur actuel d'élite entre stratégie militaire et génie civil...

Dès la fin du XVIe siècle, les Etats européens commencent à former des ingénieurs. La circulation des idées, des savoirs et des hommes d’une Cour à l’autre favorise l’échange des bons procédés. Les méthodes de défense des places fortes sont de plus en plus sophistiquées.

Qu’est-ce qu’un ingénieur militaire ? Le métier ne date pas d’hier. L’ingénieur militaire est responsable de la conception et de la construction des structures blessantes, défensives et logistiques pour la guerre. Les Romains instauraient déjà des systèmes de fortifications ahurissants pour nous pauvres Gaulois.

Mais voilà : c’est au XVIIe siècle que se développent de nouvelles formes de guerre et, avec elles, de nouvelles méthodes d’attaque et de défense. D’abord, Henri IV institutionnalise la profession en 1604 par le Grand règlement de Sully qui nomme, dans chaque province frontalière, un ingénieur de sa Majesté. Marqués mais libérés de la trace italienne ayant dominé les générations précédentes, les ingénieurs élaborent de nouvelles stratégies. En quelques décennies, leur nombre passe de dix à soixante. Les traités fondateurs de l’époque moderne apparaissent. Une production nationale, architecturale autant que militaire, voit le jour. L’art militaire devient le plus noble emploi de la vie civile (Fournier, 1649). 

L’ingénieur militaire doit être aussi architecte, stratège, urbaniste, géographe…Ou bien, s’il ne s’appelle pas Vauban, travailler de très près avec tous ceux capables de lui apporter ces savoirs complémentaires et étroitement liés à ces missions ! Bref, ultra-pragmatique, mais ultra-ouvert et créatif aussi. Ce corps de métier est composé des « jeunes hommes d’élite ». A aucun moment, bien au contraire, on ne songe à dissocier la stratégie militaire de l’art de l’architecture. Entre 1661 et 1691, à l’époque de Vauban, 1000 aspirants tentent leur chance. 350 sont en activité, non décimés par les sièges incessants du règne du Roi Soleil. C’est à cette époque-là que la guerre de siège devient la règle d’or, et avec elle, les besoins logistiques, matériels, humains et les techniques militaires qui en dépendent.

Les ingénieurs militaires se préoccupent d’améliorer toutes les fortifications et de les faire évoluer au gré des techniques d’attaques, multiplient les ouvrages défensifs, théorisent au moyen d’un nombre incensé d’écrits, les moyens d’attaquer et de protéger une ville. Pas très développement durable, les ingénieurs et leurs traités chéris ! Atlas de places fortes, traités de fortification manuscrits, avec Vauban ça n’arrête pas. Cette production écrite s’essouffle à la fin du règne du Roi Soleil, mais la prédominance française est bel et bien installée. 

A partir de la fin du XVIIe siècle, les ingénieurs français occupent une place prépondérante en Europe. Vauban imprimera sa marque au sein de 150 villes dont il améliorera ou construira les fortifications. Son secret ? Prendre en compte les spécificités du terrain dans chaque cas. A partir du XVIIIe siècle, on crée les « écoles du génie » : on y enseigne, pendant les deux siècles suivants, l’architecture militaire à la Vauban.  

En 1729, Bernard Forest de Bélidor propose un traité associant entièrement architecture militaire et architecture civile…C’est le premier pas vers l’Ecole des Ponts-et-Chaussées et les orientations actuelles données au métier désormais considéré comme « le plus noble emploi de la vie militaire »…!

 

 

Sources

Traités et manuels pratiques d’architecture militaire publiés en
France (1601-1748). Projet de catalogue raisonné et d’étude, Emilie d’Orgeix

Architecture du Bastion, Claude Wenzler, Editions Ouest-France, 2000

Blanchard, Anne, « Dictionnaire des ingénieurs militaires », BBF, 1983, n° 2, p. 222-222
[en ligne] <http://bbf.enssib.fr/> Consulté le 25 janvier 2012

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