L’histoire des plans-reliefs

Introduction

La galerie permanente du musée des plans-reliefs La galerie permanente du musée des plans-reliefs © Images ECPAD

Collection unique au monde, les plans-reliefs des villes de France sont conservés à l’hôtel des Invalides, à Paris, par les soins du musée des Plans-reliefs. Construites entre 1668 et 1873, près de 260 maquettes, représentant 150 villes fortifiées, constituent cette collection. Le but initial de l’entreprise était d’ordre stratégique : il s’agissait d’aider les décideurs, le roi, le ministre et les généraux, à se rendre compte de la situation réelle des places-frontières et de leur environnement, dans le cadre de campagnes militaires. Très vite, cependant, la collection a perdu cette mission pour devenir un ensemble de prestige, employé également pour enseigner l’art de la fortification aux militaires. Une centaine de ces maquettes sont conservées aujourd’hui. Quinze d’entre elles, représentant les villes de la frontière du Nord, sont en dépôt au Palais des Beaux-arts de Lille, où elles sont exposées. Vingt-six autres, représentant les places des frontières sud et ouest de la France, sont exposées aux Invalides, dans la galerie du musée. Le reste de la collection est conservé en réserve.

 

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Les débutsSous Louis XIVAu XVIIIe siècleDe la Révolution au XIXe siècleDe 1870 à nos jours

 

Les débuts

Le principe de protection d’une ville ou d’une place contre les assauts ennemis est ancien : les « châteaux forts », au Moyen Âge, et leurs évolutions pour répondre à l’apparition et à la diffusion de l’artillerie en témoignent. La technique de la fortification, cependant, connaît une avancée importante au XVIe siècle, avec la mise au point du « bastion », qui permet de protéger mieux qu’une tour l’ensemble d’une place. Parallèlement, l’évolution des relations internationales aboutit à la précision de la notion de « frontière », qui, d’un ensemble de points, devient peu à peu une ligne continue. Pour défendre cette ligne, des systèmes complets de fortifications deviennent nécessaires ; pour les concevoir et les mettre en œuvre, la profession d’ingénieur militaire, à l’origine de l’arme du génie, apparaît.

> Les ingénieurs militaires dans l’histoire

 

Vidéos

 

L’évolution de la frontière de la France

 

Réalisation : La Méduse

Durée : 1’21

 

La notion de frontière

 

Réalisation : ECPAD

Durée : 7’10

 

Sous Louis XIV

En France, la personnalité de Vauban, émerge, au milieu de beaucoup d’autres, au début du règne de Louis XIV. Principal conseiller du ministre Louvois, il obtient en 1678 le titre de « commissaire général des fortifications », et supervise à ce titre l’ensemble des chantiers de fortification français : les nombreuses guerres qui scandent le règne (guerre de Hollande, guerre de Luxembourg, guerre de la Ligue d’Augsbourg, guerre de Succession d’Espagne) rendent d’autant plus nécessaire son action.

C’est dans ce contexte qu’apparaissent les plans-reliefs, lorsque Louvois commande, en 1668, la réalisation de la maquette de Dunkerque, devenue française en 1662 et que Vauban s’emploie à fortifier.

Galerie du bord de l'eau, 1770 Vue de la collection des plans-reliefs quand elle est installée au Louvre. Détail d'une miniature de Nicolas Van Blarenberghe ornant une tabatière du duc de Choiseul, ministre de la Guerre de Louis XV, vers 1770 (collection particulière).

Ces premières maquettes visaient à montrer l’avancée des travaux et les projets envisagés. Elles plurent à Louis XIV, qui y vit sans doute une façon de répondre à son goût bien connu du détail. Sans être vraiment des outils de décision stratégique – l’avis des généraux présents à la tête des armées ayant plus de poids – elles constituaient des éléments utiles d’aide à la réflexion. Aussi, le roi demanda-t-il rapidement que la collection soit complétée. De son règne datent les maquettes du Mont-Saint-Michel, d’Auxonne, de Bergues, de Belle-Île, de Blaye, de Bouchain, de Calais, du château d’If, d’Oléron, du Château-Trompette, d’Embrun, de Fort-les-Bains, de Fort-Barraux, de Montmélian, de Saint-Martin-de-Ré… Peu à peu, les frontières de la France se dessinaient ainsi, et Louis XIV décida en 1706 d’installer la collection au Louvre, dans la Galerie du Bord de l’Eau.

 

 

Au XVIIIe siècle

Buste de Louis XV (18e) Buste de Louis XV (18e) © Inconnu (via wikimedia commons)

La collection continua régulièrement à s’enrichir sous le règne de Louis XV. La guerre de Succession d’Autriche, entre 1740 et 1748, fut l’occasion de nouvelles réalisations : le plan de Lille date de 1740, celui d’Aire-sur-la-Lys de 1743. Des places étrangères conquises furent aussi représentées, à l’image de La Kénoque (Belgique, 1746) ou Berg-op-Zoom (Pays-Bas, 1751). On commença en même temps à actualiser les maquettes anciennes, pour rendre compte des travaux de fortification survenus depuis leur construction : le plan d’Ath, fabriqué en 1697, fut ainsi retouché en 1744. Mais, en 1754, le comte d’Argenson, secrétaire d’État de la guerre, ordonna la restauration de l’ensemble de la collection : cette décision montrait l’évolution du regard qui se portait sur elle, et tendait désormais à la considérer comme un objet « patrimonial ». Seuls deux plans furent encore construits, et, à l’avènement de Louis XVI, en 1774, on imagina même de détruire l’ensemble, pour libérer la place qu’il occupait au Louvre. Trois ans plus tard, un lieu d’accueil fut finalement trouvé pour la collection : ce furent les combles des Invalides, où tous les plans déménagèrent en 1777 et s’y trouvent toujours.

 

 

 

De la Révolution au XIXe siècle

Portrait de Napoléon 1er Napoléon Ier en uniforme de colonel des grenadiers de la garde à pieds, par Lefèvre Robert (1755-1830) © RMN / Gérard Blot

Conséquence de leur cohorte de guerres et de conquêtes, la Révolution et l’Empire donnèrent à la collection des plans-reliefs une nouvelle vie. Comme Louis XIV avant lui, Napoléon souhaita bénéficier de maquettes des places nouvellement conquises ou aménagées : Luxembourg (1802), La Spezia (1811), Brest (1811), Cherbourg (1811-1813) furent alors construits. Les innovations contemporaines en terme de génie, de systèmes de fortifications et de cartographie font de ces plans des réalisations remarquables, excellents témoins des avancées scientifiques de leur époque. Signe de la qualité de ces objets, les Prussiens en confisquèrent quelques-uns à la chute de l’Empire, à l’image de celui de Strasbourg. Les plans perdus furent reconstruits, et des plans nouveaux furent encore construits tout au long du siècle, en particulier pour rendre compte des fortifications bâties en montagne. Les plans-reliefs de l’Écluse ou de Grenoble datent de cette époque.

 

 

 

 

De 1870 à nos jours

La guerre franco-prussienne de 1870 fut, pour l’ensemble du monde de la fortification, un traumatisme profond. Les structures de l’arme du génie furent profondément transformées ; le « Comité des fortifications », qui avait supervisé tous les travaux de construction au XIXe siècle, fut dissous. Un nouveau système de défense du territoire, conçu en partie d’après les plans du général Séré de Rivières, remplaça les anciennes fortifications bastionnées. La collection des plans-reliefs perdit tout rôle militaire et cessa de s’agrandir à la suite d’une décision du général Doutrelaine, directeur du Service géographique de l’armée, en 1875. Des « plans-directeurs » en relief, à l’échelle 1/20 000, montrant sur une plus petite échelle les places et leur environnement de forts détachés, furent encore construits jusqu’en 1914, tandis que quelques plans (Arras, Douai) étaient cédés à des villes qui les réclamaient. L’intérêt culturel de la collection empêcha sa dispersion : elle fut classé monument historique en 1927. Avec la disparition du Service géographique de l’armée, en 1940, la galerie des plans-reliefs passa sous la tutelle du secrétariat aux Beaux-Arts, et un musée spécifique fut créé pour la conserver en 1943. Le transfert de la collection vers la sphère culturelle était achevé.